02.03.2006

L'étonnant Serge Gainsbourg

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Le 02 mars 1991 disparaissait Serge Gainsbourg.

 

Je m’en souviens comme si c’était hier, je travaillais alors déjà, en tant que cuisinier, apprenti cuisinier plus exactement, j’étais tout jeune ; c’était un dimanche matin.

 

Je me rendais au restaurant (une étoile Michelin tout de même) où je travaillais par transport en commun, et pour être à l’heure le dimanche matin, je devais prendre un R.E.R de bonne heure, j’avais donc une heure a tuer avant d’aller travailler le dimanche.

Et cette heure je la passais toujours dans le même café où le patron me connaissait, et me lâchai je m’en rappelle encore ; quelque fois un « Oh fiston ».

 

Il faisait mon café noir, je prenais un croissant, et si possible le journal. Dans ce café il y avait un Wurlitzer, ces fameux Juke-box américain où l’on voit les disques manipulés par un bras mécanique… se mettre en route.

 

Tout les dimanche matin, je mettais une sélection de quelques chansons, toutes de Serge Gainsbourg. Ce dimanche matin là, je rentre donc, je m’assied, enclenche ma sélection, et exactement comme je vous le narre, au moment où commençait Je suis venu te dire que je m’en vais le patron pose ma tasse sur le comptoir, me regarde d’un air triste ; et me dit :

 

- « alors tu as entendu cette nuit pour Gainsbourg »

 

Je n’oublierai jamais ce matin là, ce moment là ces paroles là, ce que j’ai ressenti à ce moment là. Pas un seul instant, pas un seul instant je n’aurai osé imaginer sa disparition ; jamais. La nouvelle m’a broyé le ventre, les tripes ; le moral. A ce moment là, je n’apprenais pas la disparition d’un chanteur, d’un artiste, j’apprenais la disparition d’un père, d’un homme avec qui j’ai vécu, un homme qui m’a appris, appris les mots, appris des mots, amener à chercher dans le dictionnaire le sens de ces mots, un homme qui m’a touché, qui me parlait, un homme qui m’a éduqué, qui m’a cultivé, un homme dont j’ai très rapidement eu tout ce qui pouvait exister comme disques livres DVD, et qu’aujourd’hui encore, lorsque sort un coffret un livre un DVD, j’achète ; essentiellement les livres.

Mais il me suffit d’un inédit dans un coffret de quarante chansons déjà en ma possession pour que je fasse le pas de l’achat.

 

Dernier en date « L’intégrale et cætera » livre sorti en décembre au édition Bartillat comporte 636 textes de Gainsbourg, avec date d’écriture, date de parution à la SACD, date de sortie, composition de l’orchestre d’alors 971 pages de bonheur de découverte même pour les connaisseurs, tous ses textes sont là, lorsque j’a acheté ce bouquin, peut-être parce que je suis sensible, une petite larme d’émotion est venu orner mes cils, et avec ce livre, je tenais là aux creux de mes bras comme un trésor, un plus dans ma vie, une raison supplémentaire d’être debout les jours difficiles, une bible, un concentré de savoir, une âme une vie un savoir. Ce pavé ne bouge de mon bureau que pour le pied de mon lit, c’est un bonheur, un régal, tous ses textes sous vos yeux, ce talent dans l’écriture, ces mots inventés, cette manière de chanter, de dicter, de parler sur de la musique, cette manière de découper les mots, d’entendre sur les bandes sons son souffle, l’entendre prendre sa respiration, toutes ces marques de fabrique qui font de son œuvre, une oeuvre à part une source inépuisable, un ovni dans le monde de la chanson, tout comme dans la peinture pour ceux qui ont la chance de connaître quelques unes de ses peintures ; elles sont pour le moins…troublantes; à l'image de cet autoportrait...

 

 

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Ce 2 mars 1991, je pleurais, je pleurais réellement la perte d’un proche, une personne qui m’a ouvert l’esprit, appris à faire selon ma propre volonté, d’en avoir le courage, la foi, de ne pas abandonner, de ne pas croire que la masse a raison, d’écrire comme je le conçois moi, ne pas avoir peur d’être loin des sentiers battus, ne pas avoir honte de sa super méga sensibilité, mais justement de s’en servir, de « l’exploiter », de savoir que c’est là, dans ce tissu difficile douloureux, pleins de nœuds que se cache le travail, l’essence du travail, le concentré du travail, que c’est cette sensibilité qui touche touchera les « gens », que le plus important c’est son chemin, son chemin à soi, car chaque chemin est unique, cet homme m’a appris ce qu’il y a de plus important dans ma vie à moi aujourd’hui, l’amour des mots, d’un regard, d’une observation, l’amour d’un texte, l’amour d’un son, l’amour des mots oui, car cet amour pour sûr je l’ai, et l’ai pour toute ma vie. Aujourd’hui encore après avoir entendu des centaines de fois et chanté des centaines de fois ses textes, fredonner Intoxicated Man par exemple peut très sincèrement égayé une journée, encore fut il que la journée soit triste !

 

Intoxicated Man 1962 : « Je bois/ A trop forte dose/Je vois/ Des éléphants roses/Des araignées sur le plastron/D’mon smoking/Des chauves-souris au plafond/Du living/Room … »

 

Qui de mes proches, de mes amis, ne m’ont jamais entendu chanter ce texte que j’adore, voilà, elle est là ma culture le tremplin de ma vie, et qui aujourd’hui encore et pour longtemps même pour toujours m’abreuve, loin, très loin des plaisantins, petits charlots de Saint-Germain des près, petits charmeurs à deux balles, petits chanteurs sans résonance, s’esquintant a reproduire un phrasé dit « A la Gainsbourg », tous ces petits chanteurs de Monoprix, de musique d’ascenseur, qui se ressemblent tous et qui ; bref…

 

 

Au moment où je tape ce billet, Les cigarillos s’extirpe de mes enceintes Les cigarillos 1962, puis

Quand tu t’y mets 1962 « (…) C’que tu es dans mes bras quand tu t’y mets/ Tu t’y mets plus souvent/Pourtant quand tu t’y mets/Tu peux pas savoir/ C’qu’était notre amour quand on s’aimait/ Il n’y a pas si longtemps/Pourtant que l’on s’aimait/Tu dois plus savoir ».

 

Depuis mes quatorze quinze ans peut-être, je suis fasciné par La jambe de bois Friedland que je connais par cœur, fasciné par En relisant ta lettre que je connais par cœur, fasciné par Douze belles dans la peau, Ronsard 58, Ce mortel ennui, La femme des uns sous le corps des autres, L’alcool, Du jazz dans le ravin… je stoppe car en fait ; je peux toutes les citées, rares sont celle que je ne connaisse pas par cœur.

Quant à quinze ans vous découvrez par vous-même et aimez par vous-même

 

Ecoute c’est toi qui conduis ou moi

C’est moi, bon alors tais-toi

Y’a du whisky dans la boîte à gants

Et des américaines t’as qu’à taper dedans

 

Du jazz dans le ravin. 1958

 

 

Ou encore

 

 

Juke-box, juke-box

J’suis claqueur de doigts devant les juke-boxes

Juke-box juke-box

Je claque mes doigts devant le juke-box

 

Quand ils n’s’baladent pas sur toi

Je n’sais qu’faire que mes dix doigts

Je n’sais qu’faire que mes dix doigts

Alors j’les claque

Claque, claque, claque

Devant les juke-box juke-box

J’suis…

 

Le claqueur de doigts. 1959

 

 

 

Et aussi

 

 

En relisant ta lettre, je m’aperçois

Que l’orthographe et toi

Ca fait deux

 

« C’est toi que j’aime »

Ne prend qu’un M

« Par-dessus tout

Ne me dis point »

Il en manque un

« Que tu t’en fous »

 

« Je t’en supplie »

Point sur le I

« Fais-moi confiance »

« Je suis l’esclave »

Sans accent grave

« Des apparences »

 

En relisant ta lettre. 1961

 

 

Je m’arrête, plus exactement je me limite à cet échantillon. En relisant ta lettre, combien de personne j’ai gonflé avec ça, combien j’étais déjà à l’ouest, rien a voir avec mon époque, car moi ce qui me faisait…bander c’était ça, je trouvais ça fabuleux, des textes écrit en 1961, et nous étions en 1988/1989 peut-être…

 

J’étais fasciné, alors bien sûr il y a eu pour mes quinze ans le coffret, et depuis mes quinze ans, il ne m’a jamais quitté, et je ne mens pas en disant qu’il n’y a pas un jour je pense, pas un jour où, je ne passe pas un morceau de Gainsbourg, sans compter les fois où je le lis, le fredonne. En 2002, de retour de Londres où j’avais passé deux ans, j’avais cruellement envie de remonter sur scène ; envie de rejouer. J’avais dans mes carnets depuis longtemps, l’idée de jouer sur scène certains textes de Gainsbourg. En 2002 donc, à l’Abracada Bar Café, boulevard jean Jaurès Paris 19éme, deux soirs de suite après un ami comédien qui présentait un spectacle, je jouai La jambe de bois Friedland

 

Il était une fois
Une jambe de bois
Qui cherchait un amateur
Elle se dit « ma foi
Si personne ne veut de moi
Je me fous une balle en plein coeur »
Mais voilà qu'soudain
Elle entend au loin
Une sonnerie de clairon
Elle se dit : « Parfait
C'est le moment ou jamais
D'me trouver une situation »
Arrivée sur l'champ de bataille
Au plus fort de la mitraille
Elle croise un boulet d'canon
Qui sifflait à pleins poumons

Elle lui dit : « mon pote
Ta petite gueule me botte
Toi qui vas tuer les cosaques
Soit donc un amour
Fais pour moi un p'tit détour
Avant d'partir à l'attaque
Mais voilà le hic
J'aime pas les moujiks
Et si tu veux m'arranger
Tourne plutôt casaque
Passe du coté des cosaques
Vise moi c't'officier français
Si tu lui fauches une guibole
Tu peux me croire sur parole
Que si la gangrène s'y met pas
Je serai sa jambe de bois »

« C'est bien délicat
Ce que tu m'demandes là »
Répondit le boulet de canon
« T'as une tête de bois
C'est pour ça qu'tu comprends pas
Que c'est de la haute trahison
Mais va, te frappe pas
N'fais pas cette gueule-là
Allons n'aies plus d'amertume
Que n'ferait-on pas
Pour une jolie jambe de bois
Je vais lui voler dans les plumes »
Et le voilà qui s'élance
Mais pour comble de malchance
L'officier qui vient d'le voir
Se baisse et l'prend en pleine poire

« Espèce de crétin
Ça c'est pas malin »
S'écria la jambe de bois
« Maint'nant qu'il est mort
Il n'a plus besoin de support
J'ai eu tort d'compter sur toi »
« Tu me prends pour un con »
Dit l'boulet d'canon
« Mais moi j'vais bien t'posséder
La colère le saoule
Et le v'là qui perd la boule
Il s'en va tout dégoiser

Ils passèrent en cour martiale
Et pour sauver la morale
La petite fut condamnée
À avoir l'boulet au pied

« Mais c'est qu'ça me fait une belle jambe
De t'voir toujours dans ma jambe »
S'écria la jambe de bois
« Pourvu qu'ça dure Je touch' du bois... »

 

 

Cette chanson, ce texte, depuis des années je bassinais tout le monde avec tellement je trouvais ça génial. Lisez, et vous verrez qu’il y a dans ce texte trois personnages bien distincts ; la jambe de bois, le boulet de canon ; et le narrateur. Je jouais donc ces trois personnages, sans chanter le texte ; en le jouant.

Pour moi cela prouvait et prouve que le texte a plusieurs dimensions, il peut être chanté ou lu ; ou bien joué. Il peut même bien sûr être joué par trois personnages différents. Cela montre la force du texte, et des textes comme ça chez Serge Gainsbourg ; il y en a d’autres.

 

C’est cette dimension, ces dimensions ; ses dimensions qui font qu’encore aujourd’hui, il est là, et restera là. Quand le coffret fut en ma possession, je donnai avec un certain plaisir les cd déjà acquis à mon (alors) petit frère. Mon plaisir, ma joie ; ma fierté peut être aujourd’hui, est (entre autre) entendre mon petit(maintenant grand) frère chanter les débuts de Gainsbourg, et que nous puissions, avec cette complicité particulière qui nous lie, nous regarder, nous dandiner en claquant des doigts d’un air Dandy ; et fredonner ensemble… « Juke-box juke-box, j’suis claqueur de doigts devant les juke-boxes Oh Sylvie regarde-moi/ Qui est c’type qui te fait du plat/ Qui est c’type qui te fait du plat/J’en ai ma claque Claque claque claque »

 

 

 

Et je pourrai, pourrai, en citer des dizaines, des centaines de la sorte. Deux autres personnes m’accompagnent de la sorte dans ma vie, dans ma vie culturelle, dans ma vie artistique, mais aussi dans ma vie dans ma vie. Ils m’ont ouvert l’esprit à la manière de Gainsbourg, ces deux autres personnes sont John Fante, écrivain italien immigré au Etats-Unis et Alain Bashung, ovni parmi les ovni, qui aujourd’hui encore, reste d’album en album absolument imprévisible, et qui a réalisé son troisième album Play Blessures que je recommande vivement, avec … Serge Gainsbourg.

 

Je reviendrai ici sur ces deux personnages ultérieurement.

 

 

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Né le 2 avril 1928 Lucien Ginsburg, commencera très tôt (dès 1950) a jouer dans les boites pub, du piano ou de la guitare, et passera en 1954 l’examen d’auteur compositeur à la Sacem et y déposera ses premières chansons sous son propres nom Lucien Ginsburg, puis sous le nom de Julien Grix. Sa première révélation artistique sera la rencontre de Boris Vian (1959), réalisant là, qu’il était possible de chanter des textes décalés, possible de chanter sans avoir le physique du premier de la classe, « possible de faire quelque chose de cet art mineur ». En 1958 il commence son premier tour de chant, les critiques sont mauvaises, cinglantes, tant son personnage, sa tenue scénique est loin des clichés de l’époque. Crispé, noué par le trac, sa diction s’en ressent, son corps est mal à l’aise, et cette gêne se transmet à l’assistance. Plutôt dérouté, le public parisien suit, mais en petit nombre, Boris Vian sera un des rares à l’encourager. Après tournée en province plutôt déroutante, il finira blessé par la critique à arrêter la scène en 1964.

Malgré tout, Juliette Gréco, une de ses premières fans, et première interprète, lui remettra son premier prix, le prix Charles Cros le 14 mars 1959. Son premier succès sera L’eau à la bouche sorti en 1960 et vendu à 100 000 exemplaires. Viendront ensuite son troisième album L’étonnant Serge Gainsbourg en 1961, puis en 1962 N°4 qui malgré le fait qu’il comporte La javanaise (chanson inspirée et écrite en une nuit après une soirée passée avec Juliette Gréco) est un nouvel échec. Premier mariage en 1964, il déclarera durant une émission télé « Je veux être célèbre en 1965 », et bingo, ce sera le cas avec Poupée de cire Poupée de son écrite pour l’Eurovision et chantée par France Gall. Suite à ce succès, il déclarera "J'ai retourné ma veste parce que je me suis aperçu que la doublure était en vison !" confiant ainsi qu’il n’avait plus de gêne a taper dans le commercial.

 

Le succès commence à pointer son nez, les commandes, demandes afflues, et en 1966, il divorce « J’ai pris ma carte d’identité et mon livret militaire et je suis parti, sans rien emporter d’autre. » De ce mariage, on le sait peu, il a eu deux enfants.

Il semble qu’à cette époque, beaucoup de femmes lui couraient après, mais une rencontre va tout particulièrement le marquer, et donner naissance à une histoire qui le marquera beaucoup, la rencontre avec B.B ; Brigitte Bardot.

 

Après avoir enregistré deux premiers titres le célèbre Harley Davidson, puis Contact. Après l’enregistrement de ses deux titres, ils vont dîner tous deux au restaurant, BB fait le premier pas, l’embrasse, il en tombe totalement… amoureux. C’est donc après cette rencontre, qu’ils enregistrent tous deux je t’aime moi non plus. Malheureusement Bardot demande à Gainsbourg de ne pas sortir le titre qui commence déjà a faire jaser, et qui lui vaut quelques remontrances. C’est suite à cet épisode, qu’elle mettra fin à leur relation, ce qui plongera Serge Gainsbourg, dans une très grande déprime suicidaire.

 

Il profite malgré cette déprime dangereuse et destructive, pour s’afficher aux bras de belles et jeunes femmes, tenant à cette époque parait il, un carnet où il prenait un malin plaisir à leurs donner des notes.

Et c’est en 1967, sur le tournage de Slogan q’il rencontre celle qui deviendra sa muse, celle qui formera avec lui le couple le plus mythique de la chanson française, celle qui sera sa seule et unique princesse durant douze années… Jane Birkin.

 

 

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Quelques mois après, Birkin qui n’a alors que 20 ans, tourne dans le film La piscine avec Alain Delon, et il y a à propos de ce tournage qui se déroule à Saint-Tropez, une anecdote que je trouve irrésistible. Serge Gainsbourg étant jaloux de la beauté de Delon, fit son possible pour louer une voiture encore plus grande que celle de Delon, une limousine assez flash, et à Gainsbourg de dire « Elle est belle ma voiture, on dirait une caravane arabe ! »

 

Ne se quittant alors plus, ils enregistrent ensemble en 1968, une version de Je t’aime moi non plus. Enorme succès bien au-delà de l’Europe, très choquant pour l’époque, l’Italie entre autre allant même jusqu’à l’interdire. Tout ce scandale fait d’eux un couple hautement médiatique. La censure aidant, en octobre 1969, le chiffre d’un million et demi de 45 tours est dépassé.

 

Puis après avoir accordé du temps à sa vie de famille, il entre en studio en janvier 1971, pour enregistrer le cultissime premier album concept de l’histoire de la chanson française Histoire de Melody Nelson. Cet album, véritable perle autant du côté de la musique que des paroles, reste encore aujourd’hui un incontournable, tout comme L’homme à la tête de chou quelque années plus tard. C’est sur cet album (Melody) que Gainsbourg commence à réellement faire du parler, ce qui auparavant n’existait pas, et qui deviendra et restera la marque de fabrique de Serge Gainsbourg, et donnera naissance à un style repris encore de nos jours « par la jeune scène française » comme on dit aujourd’hui. Le parlé dont use Gainsbourg, est en somme l’ancêtre du rap, de cette diction lente, au syllabe découpée ; pour moi ça c’est Serge Gainsbourg.

Concept album, encore une innovation de Mr Gainsbourg le concept album, c’est un disque qui parle de la même personne au fil des pistes, les pistes sont alors semblables aux chapitres d’un livre, un fil conducteur les relie.

 

En septembre 1973, il enregistre Vu de l’extérieur superbe album mes yeux car très léger, un peu scato avec des prouts, des pets, il parle des femmes d’une façon que j’adore, légère, un brin grossière, de petites perles dans cet album comme Par hasard et pas rasé titre que j’ai écouté écouté ; et… écouté. Ensuite en 1975 viendra le sublime et très provocateur album Rock around the bunker album qui, à en voir les attaques sur Dieudonné aujourd’hui, ne verrai peut-être pas le jour, serait peut-être interdit, Gainsbourg peut-être traîné en justice. En novembre 1976, le somptueux L’homme à tête de chou sort, et remporte enfin un énorme succès, reconnaissance de la critique, du public.

 

En 1979, Aux armes et cætera se retrouve numéro un du Hit Parade de RTL. La reprise, cette adaptation de notre hymne nationale, amènera à Serge Gainsbourg beaucoup de soucis, annulation de concert, réunion de para souhaitant bloquer les concerts.

 

 

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1980, il publie un très sympathique bouquin, Evguénie Sokolov, et au même moment, Birkin le quitte, et le chagrin et la perdition de Serge Gainsbourg seront énorme. Il écrit un album pour Jacques Dutronc Guerre et paix et en 1981 il écrit un album pour Catherine Deneuve Souviens toi de m’oublier dont est extrait Dieu fumeur de havane. Son deuxième album reggae Mauvaises nouvelles des étoiles (superbe) sort en 1982 qui lui vaudra un disque d’or, et une rencontre (très importante à mes yeux) Alain Bashung grand admirateur de Serge Gainsbourg, et de cette rencontre naîtra le superbe Play Blessures, troisième album de Bashung.

 

C’est dans l’édition de 1985 du Petit Larousse que le nom de Serge Gainsbourg s’inscrit :

 

"Doué d'un humour grinçant et subtil, il a su imposer au public un personnage désenchanté et sardonique qui cache une très vive sensibilité".

 

Après avoir brûlé un billet de 500 francs sur le plateau de 7/7 le 11 mars 1984, Gainsbourg reçoit énormément de plaintes du public, de la France entière, ce qui le touche. Un gamin lui envoi un courrier en lui disant qu’il avait pleuré devant la télé car il avait brûlé le prix d’achat du vélo qu’il voulait… Gainsbourg, lui enverra carrément un joli vélo tout neuf… Et quelques mois après il fera un chèque de 100 000 francs pour médecin sans frontière sur un plateau télé pour rattraper plus ou moins l’histoire du billet vis-à-vis de son public.

 

You’re under arrest sort en 1987, série de concert au Zénith qui sera un triomphe, et en 1989 malheureusement, revient sérieusement ses problèmes de santé. Son dernier album sera Amour des feintes, à l’intention de Birkin et Variations sur le même t’aime pour Vanessa Paradis.

Il dira d’ailleurs ceci « j’avais trois B, j’en ai quatre : Bambou, Birkin Bardot, Banessa Baradis ».

 

A partir de 1990, il se fait rare, fatigué, et ne sors quasiment plus de chez lui, au 5bis rue de Verneuil. Après avoir vu sa compagne un dernière fois le 01 mars 1991, on le raccompagne chez lui, et le 02 mars 1991, les pompiers défonceront sa porte pour le retrouver inanimé sur son lit, enlevé par une crise cardiaque.

 

 

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C’est toujours très difficile d’écrire sur ceux et ce qu’on aime, très difficile ! Je ne suis pas biographe, encore moins (malheureusement) journaliste, et taper deux phrases d’une chanson de Gainsbourg, me donne envie de parler d’une autre, puis d’une autre ; puis d’une autre…

 

Alors je vais m’arrêter là, car il y a tant a dire, je sais seulement que oui, cet homme m’a éduqué, bien plus que l’a fait mon propre père, la finesse la beauté de ses textes, font surgir toutes sa sensibilité, son humour sa subtilité, son amour des femmes, ses blessures, ses souvenirs d’enfance, lui le laid, le laid aux belles femmes.

 

Sa vie accompagne la mienne, tous les jours, et je suis autant ému aujourd’hui qu’il y a 17 en arrière quand je commençais l’apprentissage d’une œuvre. Tout le monde ne peut pas comprendre l’amour que vous pouvez portez au mots, ce que cela peut représenter pour vous.

 

Moi, tout simplement, je remercie Serge Gainsbourg d’avoir existé, d’avoir aimé et d’avoir donné. Son œuvre est à découvrir, ainsi que le personnage ; et pour ceci, je vous invite à découvrir ce site

 

http://www.gainsbourg.org/

 

Qui à mes yeux est très bien fait, très bonne bio, et pleins d’autres choses. Pour les plus curieux aussi, tapez Gainsbourg dans Google, une bonne tablette de chocolat noir près du verre de vin ; et bonne lecture

 

 

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